Lignes quotidiennes

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vendredi 3 mars 2017

La chronique du blédard : Barça, le naufrage

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 16 février 2017
Akram Belkaïd, Paris

Il y a dans le football, du moins pour celui qui le regarde régulièrement, d’étranges intuitions, des règles qui relèvent de l’irrationnel. Ainsi, les premières minutes d’un match peuvent-elles être annonciatrices de ce qui va suivre, surtout quand il s’agit d’une déroute. La rencontre de mardi soir entre le Paris-Saint-Germain (PSG) et le Barça en est un bon exemple. Au bout de deux minutes, s’est dessinée la perspective d’une défaite, pire d’une « triha ta3 lekleb », une raclée de chiens. Dans ce genre de situation, on se prend à espérer que les choses se dérouleront autrement, mais au fond de soi, on sait. La hargne et la « grinta » des uns, la faiblesse et l’apathie des autres. Les premiers duels gagnés facilement, les balles que l’on renvoie fort et l’air pour une équipe dont la philosophie exige la « relance propre ». Les joueurs qui rechignent à courir ou qui sont hors de condition. Les Barcelonais qui entrent sur le terrain avec, dans l’attitude, un je-ne-sais-quoi qui trahit la suffisance à l’égard d’une équipe de jeunots : tout cela donne un avant-goût du naufrage qui s’annonce.

Il est souvent difficile de situer le moment où une grande équipe perd de son lustre et redescend définitivement sur terre. Au virage des années 2010, entrainé par Guardiola, le FC Barcelone était au sommet de son art. La finale de 2011 contre Manchester United restera comme l’aboutissement d’une équipe réglée comme une machine de guerre, capable de tous les exploits quel que soit l’adversaire. C’est après cette finale que le Barça actuel a amorcé son déclin. Des joueurs ont vieilli (Xavi, Iniesta), d’autres sont partis à la retraite (Puyol) tandis que l’entraîneur emblématique prenait une année sabbatique avant de rejoindre d’autres équipes. A l’époque, déjà, quelques confrères avaient relevé que le départ de Guardiola n’était pas anodin. Qu’il signifiait que le concerné n’avait pas obtenu gain de cause dans sa volonté de renouveler les effectifs et de prier quelques vedettes un peu trop sûre d’elles-mêmes (Piqué) d’aller jouer ailleurs.

Les férus de statistiques objecteront que le Barça a été étincelant en 2015, année où il notamment remporté cette fameuse Ligue des champions dont le PSG l’a pratiquement éliminé avant le match retour le 8 mars prochain. C’est vrai. Il est juste aussi de rappeler que cette équipe a très bien joué l’année dernière (elle a gagné le championnat), surtout quand Lionel Messi, son joueur vedette était… absent pour blessure (tiens, tiens…). Mais, à dire vrai, ce n’était pas la même mécanique parfaite, cette fluidité qui fit dire à un ami musicien que le Barça jouait parfois une symphonie silencieuse avec des partitions secrètes, illisibles pour le commun des entraineurs et des joueurs. Le titre européen de 2015 n’était pas le synonyme d’un renouveau mais juste d’un prolongement pour ne pas dire d’un retardement. D’ailleurs, et à regarder le classement provisoire de la Liga, le Barça risque fort de ne pas remporter le championnat espagnol cette année. Crise en vue…

Parmi les dictons dont raffole le milieu du football il y a celui qui dit que dans ce sport, les défaites sont plus nombreuses que les victoires sauf pour les grandes équipes. Depuis 2006, et son deuxième titre européen, le Barça a gavé ses supporters, surtout durant la période 2009-2011. Les gens s’habituent vite, trop vite, au succès. Ce même succès oblige à la surenchère en matière de recrutement de stars et attire des gens au stade qui n’y allaient pas avant (parmi eux, on trouve ceux qui filment le match avec leur tablette au lieu de tout simplement profiter du moment). Pour qui aime le foot, il y a quelque chose de passionnant dans les lendemains de défaite. Passé le quart d'heure ronchon, c’est la perspective d’une reconstruction, d’une réinvention. Luis Enrique, l’entraîneur actuel, va peut être s’en aller. Lionel Messi va peut être aussi monnayer ailleurs ce qui lui reste comme génie et fulgurances. Ainsi va la vie d’une équipe de football, aussi prestigieuse soit-elle. Des « supporters » s’en détourneront, d’autres vivront dans le souvenir des belles soirées européennes et puis, un jour, un nouveau cycle commencera, du moins il faut l’espérer.

A l’opposé, il est encore trop tôt pour dire qu’une grande équipe est née à Paris. Attendons un peu la suite. Une épopée, une vraie, se termine avec la victoire en finale. Il fut un temps où les commentateurs sportifs français s’enflammaient pour un parcours s’arrêtant en demi-finale (les "Verts" de Saint-Etienne) mais les temps ont changé et le football hexagonal a un grand, un très grand retard à rattraper. Un seul titre de champion d’Europe en soixante et une éditions, c’est un rang ridicule qui doit obliger à la retenue. Pour autant, il est possible que le PSG soit le héros des prochains mois. Ses actionnaires sont riches, ses joueurs, surtout les jeunes, sont talentueux, et le travail de son entraineur commence à porter ses fruits. Si tout va bien et que la mécanique ne s’enraye pas, les supporters parisiens ont de beaux jours devant eux. Ceux du Barça (comme ceux du Mouloudia d’Alger, de la JS Kabylie et, pire encore, du Mouloudia d’Oran, mais c’est une autre histoire) sont appelés à être patients.


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