Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

mardi 19 février 2013

La lettre au général Toufik et la présidentielle de 2014

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C’est un fait. La lettre adressée par Hocine Malti, ancien vice-président de Sonatrach (1972-1975) au général Mohamed Médiène alias Toufik, est un événement majeur et ô combien inattendu dans l’actualité algérienne. D’abord, parce qu’il est exceptionnel que le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), le service de renseignements algérien, soit interpellé de la sorte. Ensuite, parce que la presse algérienne a fait écho de ce courrier, le quotidien El Watan l’ayant même publiée de manière intégrale (et cela contrairement à ce que semblait penser  l’auteur de la lettre). Le sujet de la missive est lui-même explosif puisqu’il concerne un nouveau scandale à propos de pots-de-vin que des responsables algériens auraient touchés de la part de la compagnie pétrolière italienne Saipem. Tout cela se passant dans un contexte plutôt inquiétant où les apparitions du chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika sont de plus en plus espacée (il a fallu attendre plus de vingt jours avant sa réaction à la prise d’otage de Tiguentourine…).

Que va-t-il donc se passer ? A Alger, la justice algérienne vient de se manifester en estimant de son devoir d’enquêter sur ce qu’il convient désormais d’appeler l’affaire Sonatrach 2. On comprendra que l’homme de la rue soit plutôt réservé quant aux suites de cette enquête qui ne concerne pas que du menu-fretin. Mais, sait-on jamais. Les révélations de la presse italienne sont loin d’être terminées et il faut s’attendre à d’autres surprises.

On est en droit aussi de se demander pourquoi une telle lettre a pu être publiée dans la presse algérienne et cela sans – du moins jusqu’à présent – représailles. Interpellé de manière vigoureuse, le général Toufik a-t-il donné son feu vert pour une telle publication ? A-t-il jugé que les éléments cités dans le courrier contribuent surtout à pointer un index accusateur en direction du clan présidentiel ? Ce dernier, affirme la rumeur algéroise, étant décidé à obtenir un quatrième mandat ? Faut-il aussi penser que le général Toufik, « dieu de l’Algérie » comme l’a martelé Hocine Malti, n’a pu empêcher la publication d’un tel courrier ? Ce qui tendrait à mettre en évidence l’existence de divisions au sein même du cœur du pouvoir algérien ?

Ces questions restent posées et elles traduisent bien le climat politique délétère qui règne actuellement en Algérie. Un calme factice qui cache des manœuvres de fond dont personne ne sait sur quoi elles vont déboucher. Mais, une chose est certaine, rien n’est encore joué pour l’élection présidentielle de 2014.

Akram Belkaïd
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