Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

jeudi 29 septembre 2011

Libye : le match France-Italie a commencé

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à lire sur SlateAfrique

France-Italie : qui va gagner la Libye ?

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Quand la Suisse veut le bien de la Tunisie

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Deux informations relevées aujourd'hui à propos de la Suisse et de la Tunisie.
La première est qu'il semble que le gouvernement suisse soit disposé à accélérer la procédure pour que les nouvelles autorités tunisiennes récupèrent l'argent du clan Ben Ali. En visite à Tunis, la présidente de la Confédération Suisse, Micheline Calmy-Rey a promis que son pays fera tout pour que ces biens, "identifiés et gelés" contribuent à financer le développement de la Tunisie. On aimerait bien la croire mais force est de constater que l'historique en matière de récupération des biens détournés par des dirigeants indélicats, notamment africains, oblige à rester prudent. Le plus souvent, seule une partie infime de l'argent est récupéré par les pays concernés, la Suisse demeurant tout de même le paradis du secret bancaire. A suivre...

L'autre nouvelle d'importance, est l'arrivée, à Tunis, de 10.000 urnes transparentes en provenance de Suisse. De bon augure pour des élections longtemps marquée par la fraude et le bourrage systématique des urnes. Coût de ce matériel indispensable à un scrutin propre : 800 000 dinars tunisiens (près de 400.000 euros). Une belle somme prise en charge par la Suisse, il faut le préciser. De façon plus générale, ces urnes sont l'exemple même de ce que peut être une aide concrète des pays du nord aux pays engagées dans une transition démocratique. Ce n'est pas beaucoup. Ce n'est pas spectaculaire mais ça aide à mettre en marche le mécanisme électoral et, surtout, à le protéger. Reste à savoir combien d'observateurs étrangers seront déployés pendant le scrutin. Au cours de ces trois dernières décennies, l'Europe n'a guère brillé par son courage quand il s'agissait de dépêcher des observateurs durant un scrutin au Maghreb. Ben Ali et ses pairs en dictature en ont bien profité car pas vu pas pris. Espérons que le scrutin du 23 octobre prochain sera irréprochable.
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mercredi 28 septembre 2011

Quand Michèle Obama m'écrit

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Un message reçu aujourd'hui. Trois dollars pour avoir une chance de rencontrer Barack.
La campagne électorale est lancée...


Akram --

Not everyone knows how to prepare for a dinner like this. As someone who's eaten countless meals with my husband, I want to tell you the one thing to do if you're selected to join him...

Just relax. Barack wants this dinner to be fun, and he really loves getting to know supporters like you.

I hope you'll take him up on it before Friday's deadline.

Will you donate just $3 today and be entered to have dinner with Barack?

These dinners mean a lot to Barack. They're a chance for him to talk with a few of the people who are driving the campaign -- and a chance for him to say thank you.

So come prepared to tell your story, and say whatever's on your mind.

Don't miss the opportunity to be there. Donate $3 or more today, before the September 30th deadline:

https://donate.barackobama.com/Dinner

Thanks,

Michelle

mardi 27 septembre 2011

Internet, Facebook et la gratuité

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A méditer par tous les utilisateurs de Facebook, des autres réseaux sociaux mais aussi des messageries internet :

"Si vous ne payez pas, vous n'êtes pas le consommateur, vous êtes le produit en train d'être vendu"

citation attribuée à un certain blu_beetle.

En clair, tout utilisateur de facebook est un produit grâce auquel fb augmente sa valorisation. Plus important encore, tous les actes de cet utilisateur, ses clics, ses "j'aime", ses connexions, tout cela a une valeur marchande notamment pour le marketing, les sondeurs, etc...
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vendredi 23 septembre 2011

La chronique du blédard : L'angoisse de la rentrée scolaire

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Courir. Non pas des tours et des tours mais avec la foule. Avoir le sentiment que tout s'emballe, que la chaude quiétude de l'été n'est plus qu'un lointain souvenir. En France, la rentrée est un moment éprouvant que l'on regrette de ne pouvoir éviter en partant en vacances à ce moment-là (ce que font tout de même certains bienheureux). Pour qui a connu d'autres rentrées, notamment en Algérie, le contraste est saisissant. D'un côté, des vagues qui s'abattent de partout, de l'autre, un faux rythme pépère qui donne peut-être un peu trop de temps au temps.

Passons vite sur le soudain réveil de celles et ceux qui ont pris de bonnes résolutions pendant l'été et qui se manifestent le premier lundi de septembre à huit heures sonnantes. Bonjour, je vous appelle à propos de notre projet. Est-ce qu'on peut se voir très vite pour faire le point ? Dans ces moments-là, difficile de répondre qu'il n'y a pas le feu au lac et que l'automne ne commence que le 23 du mois. Heureusement, il y a une excuse toute trouvée, un argument majeur et imparable : la rentrée scolaire qui mobilise tant d'énergie.

C'est un grand moment de stress qui gâche l'été indien. Une ambiance d'un ring de boxe surchauffé où il faut parer dix coups à la seconde. Réunion d'information, réunion de prise de contact, dossier à remplir, autre dossier à compléter, renseignements à fournir, papiers administratifs à mettre sous pli avant la fin de la semaine. On fait alors des listes « d'à-faire » qui s'allongent au fur et à mesure. Rien à voir avec les rentrées made in Algeria, du moins celles d'antan. Démarrage officiel début septembre, démarrage réel, au mieux, début octobre… Emplois du temps incomplets, provisoires et incertains, grandes plages de liberté pour les écoliers, collégiens et lycéens et donc retour en douceur dans le monde des devoirs surveillés et des interrogations surprise.

Relevons tout de même que la rentrée scolaire à la française présente un avantage majeur. Le plus souvent, les listes de fournitures sont envoyés début juillet ce qui donne le temps – aux prévoyantes et autres bien organisées (car c'est souvent une affaire de mamans) – de prendre ses dispositions et d'éviter les cohues. Rien à voir donc avec ces mêlées générales dans les librairies-papeteries d'Alger, ou d'ailleurs, où quelques employés suant sang et eau ne savent plus où donner de la tête pour remplir les sachets de cahiers, de feuilles simples et doubles, d'ardoise, de sachets de buchettes, de compas et autres outils de torture.

Voilà pour les avantages car, pour le reste, la galère est la même. Achats anticipés ou pas, il y aura toujours quelques couacs. Le crayon HB7 est introuvable tout comme l'équerre non-isocèle QLX3. De même, apprend-on un soir que le rapporteur n'est pas le bon parce qu'il a une échelle en grades et qu'il faut des degrés (tout le monde devrait savoir que les grades ne servent plus à rien !). Et puis, il s'avère que la liste a été mal lue. Pour les mathématiques, il faut un grand cahier à petits carreaux et un petit cahier à grands carreaux et non l'inverse ! On sort alors en catastrophe de chez soi, à la recherche d'une papeterie encore ouverte. Et si l'on trouve ce que l'on cherche, on se garde de triompher car on sait bien que, le lendemain, une autre tuile va tomber. Et c'est ce qui arrive car le grand cahier à petits carreaux doit être de format «24 x 32» ce qui élimine le «21 x 29,7» (pourquoi ce chiffre décimal, allez savoir !) que l'on était si content d'avoir déniché la veille…

Enfin, début de vingt-et-unième siècle ou pas, les livres scolaires restent toujours à couvrir et hommage à celles et ceux qui maîtrisent l'art du rabat souple, du scotch bien coupé et de la languette en forme de petit triangle, coupée au millimètre près et glissée sans pli sous la reliure… Longtemps un cauchemar pour l'auteur de ces lignes qui peut néanmoins prétendre, non sans une certaine fierté, qu'il a réussi à faire quelques progrès en la matière grâce à plusieurs décennies d'entraînement intensif.

Bien entendu, il n'y a pas que cela comme facteur de stress. Certains sont bien plus sérieux. Comme vient de le montrer une étude de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) – un organisme qui offre des services de soutien scolaire - la rentrée est de plus en plus vécue dans l'angoisse par nombre de familles françaises. Interrogée par le site TF1 News, Eunice Mangado-Lunetta, directrice déléguée de l'Afev estime ainsi que «les familles se retrouvent dans une spirale» due à la peur de l'échec scolaire. Chacune va alors «développer une stratégie individuelle pour mieux accompagner ses enfants à base de cours particuliers, cahier de vacances et stages pré-rentrée». Une course à «l'armement scolaire» qui fait le bonheur de nombre d'organismes parascolaires - sans oublier les éditeurs d'ouvrages d'accompagnement - et qui, ajoute la responsable, «révèle une angoisse généralisée par rapport à l'école, tous milieux sociaux confondus», les grands perdants étant «les milieux populaires».

Chez les parents, cette angoisse est aggravée par un sentiment d'incapacité à soutenir leurs enfants. Selon l'enquête, près d'un quart d'entre eux (24%) ne se sentent pas capables d'aider leur enfant à mieux réussir contre 43% qui estiment qu'ils peuvent «un peu» les aider. Du coup, le moment des devoirs devient pénible voire traumatisant pour 59% des familles interrogées par l'Afev. Deux autres chiffres témoignent de la difficulté de la situation : 30,2% des parents interrogés par l'association reconnaissant ne pas comprendre les devoirs ou avoir peur de se tromper tandis que près de 16% ne savent pas lire ou écrire le français et ne sentent donc pas capables d'aider leurs enfants.

Et à cette angoisse de l'échec scolaire – aggravée par la course à la sélection qui, de manière insidieuse, débute dès le CM2 - s'ajoutent les conséquences du malaise du milieu éducatif. Classes surchargées, milliers de postes supprimés, professeurs remplaçants qui se succèdent les uns aux autres au grand dam des parents : l'éducation française va mal et subit une véritable opération de démolition qui laisse pantois. Mais qu'est-ce que ce pays qui détruit l'un de ses atouts majeurs au nom de la lutte contre les déficits publics (comme s'il n'y avait pas d'économies à réaliser ailleurs en supprimant par exemple le Sénat…) ? Qu'est-ce que ce pays où l'éducation est prise en otage au nom d'une revanche idéologique qui ne veut pas dire son nom ? Au fond d'elle-même, la droite n'a finalement jamais accepté la généralisation de l'enseignement et a toujours espéré régler son compte à un personnel enseignant jugé trop proche de la gauche. C'est ce qui est en train de se passer et cela concourt à préparer le déclin d'un pays longtemps admiré pour l'excellence de son système éducatif.

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

dimanche 18 septembre 2011

La chronique du blédard : L'émir, le village et la charcuterie

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 15 septembre
Akram Belkaïd, Paris


C'est l'histoire d'un petit village au nord de Paris. Asnières-sur-Oise : moins de trois mille habitants, une mairie, une église, une place attenante, une petite vocation touristique et des commerces de proximité qui ferment les uns après les autres faute de clients. Histoire banale d'une certaine France où nombre de villages sont abandonnés à leur sort par les services publics et finissent par être engloutis par la désertification rurale. Ainsi, en juin 2005, les élus de plusieurs villages du département de la Creuse ont-ils démissionné pour protester contre le retrait de l'Etat dans les campagnes.

Mais, à Asnières-sur-Oise, la pièce se joue autrement. En 2007, le propriétaire de la charcuterie met les clés sous la porte. Pas de repreneur, la marie n'ayant pas les moyens de se payer le commerce. Mais le maire a l'idée de demander son aide à un riche habitant du coin. Il s'agit du cheikh Khalifa bin Zayed al-Nahyan, émir d'Abou Dhabi et actuel président de la fédération des Emirats arabes unis (EAU). L'homme est le propriétaire du château de Baillon, une belle demeure avec parc et canaux qui a appartenu jadis à Napoléon Bonaparte. Sollicité, le cheikh ouvre donc sa bourse et accorde 250.000 euros pour sauver et rénover la boutique désormais rouverte et baptisée «Chez Fanfan».

Il y a plusieurs manières de commenter cette histoire. De façon générale, elle confirme une hypothèse très répandue en France selon lequel ce pays va se transformer petit à petit en un immense parc d'attraction où «l'authentique» sera préservé et protégé grâce à l'argent des étrangers, qu'ils soient résidents ou touristes. Quand le cheikh al-Nahyan contribue à faire revivre une charcuterie d'un village touristique, c'est le cachet «France typique» qu'il contribue à sauver. Un comportement un peu l'image de ces touristes britanniques qui, en Provence, mettent un point d'honneur à faire leurs courses dans les petits commerces plutôt que dans les grandes surfaces.

On peut aussi relever que ce geste contribue à donner une bonne image du châtelain chez ses voisins. Impossible de dire du mal, du moins ouvertement, de quelqu'un d'aussi généreux qui, d'ailleurs, risque d'être encore sollicité pour financer des travaux d'assainissement du village. Dans la même veine, rappelons que le Sultan Qabous d'Oman a décidé en avril dernier de construire un souterrain qui relie directement son château à son haras dans le village de Fontaine-le-Port en Seine-et-Marne. Un chantier qui n'a été autorisé par la municipalité qu'en échange de la construction d'un rond point d'un montant de 500.000 euros. En somme, un donnant-donnant «gagnant-gagnant»…. Mais revenons chez Fanfan.

En ces temps d'islamophobie généralisée, le fait qu'un grand dirigeant arabe et musulman contribue à sauver un établissement dont les produits sont essentiellement à base de cochon a de quoi bousculer les clichés habituels. «C'est vrai que c'est du porc, donc j'aurai difficilement l'occasion de lui proposer mes produits», a même reconnu la charcutière au micro d'Europe1. Certes, une charcuterie n'est pas une église ou une cathédrale. Mais le fait même de financer sa rénovation fait partie de ce que l'on pourrait qualifier de communication intelligente, de soft-power visant à prouver sa tolérance et à modifier la perception occidentale à l'encontre des Arabes qu'ils soient ou non fortunés.

Bien entendu, nombreux sont ceux qui ne cachent pas leur agacement voire leur indignation. Dans le monde arabo-musulman, un tel geste risque fort d'être mal compris. Il est vrai qu'il est impossible de ne pas se dire que cet argent aurait pu servir ailleurs à commencer par les Territoires palestiniens ou même la Somalie (ce à quoi les officiels émiratis rétorquent que leur émir y est déjà un généreux donateur). D'une certaine façon, la charcuterie peut être aussi l'emblème de ces pétrodollars qui, d'une manière ou d'une autre, finissent toujours par reprendre le chemin de l'Occident plutôt que d'être investis dans un pays arabe ou musulman.

Dans le même temps, rien ne dit que ce geste de générosité sera apprécié à sa juste valeur. Pour le comprendre, il suffit juste d'examiner la manière dont nombre de médias français ont présenté l'information qualifiée par eux d'insolite. Ironie et sarcasmes se sont inscrits dans l'habituelle posture qui présente les cheikhs du Golfe comme des personnages fantasques tout juste capables de jeter leur argent par la fenêtre. On rejoint-là, l'effet rebours de tout acte comparable au sauvetage financier de «chez Fanfan». Ainsi, quand un fonds du Qatar rachète le Paris-Saint-Germain, nombreux sont ceux qui, en France, se demandent à quoi rime une telle opération financière dont la rentabilité est jugée peu évidente (si ce n'est que le PSG possède un beau parc immobilier ce qui n'est pas pour déplaire aux qataris…).

Le chèque du cheikh risque donc de s'avérer contreproductif. Sur le net, les réactions quant à ce sauvetage financier sont souvent instructives. «Il va la transformer en boucherie islamique et exiger des produits halal» avertit ainsi un internaute qui voit dans cette affaire un signe du déclin de la France. Et l'on complète ainsi le point abordé au début de cette chronique. Plus l'argent étranger aidera à sauver le patrimoine français et plus la xénophobie locale risque d'être renforcée. Exemple, en Haute-Savoie, le Front national a tiré parti des nombreux investissements immobiliers consentis par des Britanniques. Chalets rénovés, commerces relancés : on pourrait croire que cela ne pouvait qu'être apprécié par les locaux. C'est loin d'être le cas puisque cela a généré des sentiments de dépossession et d'amertume sans oublier de mentionner l'inévitable jalousie. Cela explique pourquoi le cheikh Khalifa risque d'avoir à beaucoup dépenser pour arriver à être sincèrement apprécié par ses voisins...
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lundi 12 septembre 2011

La chronique du blédard : Algériens vs Libyens

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 8 septembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

Donc, c'est nous autres les Algériens, qu'on est devenus les grands méchants du moment révolutionnaire arabe...… Tout cela à cause de la famille de Kadhafi qui n'a rien trouvé de mieux que de se réfugier chez nous. Raison humanitaire a avancé le gouvernement sans vraiment convaincre les médias occidentaux et encore moins les rebelles libyens. Étrange situation, n'est-il pas ? Durant des années les Libyens, officiels ou non, ont constitué pour les Algériens ce que les Anglais et Américains ont l'habitude de désigner par « a pain in the a...… » - soit traduit de manière prudente : « une douleur dans le fondement » - et voilà que, Kadhafi tombé, cela continue de plus belle. Au passage, bon courage à nos officiels qui auront à gérer Hannibal et ses frasques (qu'ils passent un coup de fil aux autorités suisses, elles auront peut-être de précieux conseils à leur donner).

Avant d'aller plus loin, relevons, comme me l'a fait remarquer le politologue Nawfel Brahimi que personne ou presque ne s'émeut plus du fait que Ben Ali et sa madame sont réfugiés en Arabie Saoudite malgré un mandat international émis par les autorités tunisiennes (les Kadhafi entrés en Algérie ne font pas – encore l'objet d'un mandat d'arrêt même si l'Onu a demandé qu'on leur refuse le droit de traverser une frontière). Quand un pays – et son régime – sont dans le collimateur des médias internationaux (même le très perspicace et mesuré Guardian s'y met !), il n'y a pas grand-chose à faire si ce n'est d'attendre de meilleurs jours et surtout, de se démocratiser pour ne pas prêter le flanc à une future intervention humanitaire que je vois arriver à la vitesse d'un cheval au galop. Mais passons.

En fait, l'un des intérêts de cette affaire est qu'il interpelle les Algériens sur la nature de leurs relations avec leurs (turbulents et instables) voisins libyens. Il y a près de deux ans, quand tout le monde chez nous (ou presque) s'est mis à insulter l'Egypte et les Egyptiens, je me suis rappelé d'une séquence comparable même si elle a eu moins d'intensité et qu'elle semble être oubliée. Souvenez-vous, c'était au milieu des années 1980. L'équipe de foot de Mascara était tombée dans un traquenard à Tripoli lors d'un match qui s'était terminé dans l'obscurité, où Belloumi avait été gravement blessé et où les joueurs algériens avaient été coursés à l'arme blanche jusqu'au fond de leur vestiaire. L'épisode a donné naissance à l'expression « ils ont éteint la lumière » qui signifie à la fois un coup de Jarnac et une propension à être de (très) mauvais joueurs. A l'époque, il n'y avait pas de presse indépendante pour jeter de l'huile sur le feu et provoquer une crise diplomatique mais les propos anti-libyens s'étaient répandus comme une traînée de poudre.

Qu'ils le veuillent ou non, les Algériens savent qu'ils ont beaucoup en commun et à partager avec leurs voisins marocains, tunisiens et même égyptiens (si, si, je vous l'assure). Par contre, le Libyen n'existe pas ou si peu. Il n'apparaît jamais au premier plan. Il est ce voisin inconnu et peu visible dont on ne pense pas grand bien, dont on se moque aussi parce que ses poches pleines de pétrodollars ne l'ont pas encore paré de toutes les vertus que l'on prête à la civilisation urbaine. Et puis Kadhafi nous a si souvent fait rire avec ses déclarations à l'emporte-pièce, ses comédies ridicules (ah, sa tente et sa soit-disante frugalité bédouine…) et ses décisions inattendues. Comment le prendre au sérieux ? Comment prendre son peuple au sérieux ?

Aujourd'hui, on sent bien que la mayonnaise nationaliste et chauvine est en train de prendre. Les propos belliqueux du Conseil national de transition (CNT) libyen à l'égard de l'Algérie, ou plutôt du gouvernement algérien, font leur petit chemin et titillent notre fierté. Chez nous, il y a des moustaches bien viriles qui frémissent et des torses qui bombent. « Quoi ? Comment ? Ces rebelles, ces auxiliaires de l'Otan nous provoquent ? On va voir ce que l'on va voir… » C'est comme si une mécanique de l'affrontement mutuellement bénéfique se mettait en place. Le CNT, divisé mais aussi incapable de donner un sens politique à sa victoire militaire contre Kadhafi, semble avoir besoin d'un ennemi à la frontière, rôle qui est donc dévolu à l'Algérie. Rien de mieux qu'une révolution menacée de l'extérieur pour faire oublier les dissensions et, peut-être, occuper les djihadistes qui commencent à pointer le bout de leur barbe….

Dans le même temps, il ne faut pas être naïf. Les gonflements de biceps du CNT sont une bénédiction pour le pouvoir algérien. Rien de mieux pour ressouder les rangs et faire taire les revendications des uns et des autres. « Quoi, des réformes ? Vous n'y pensez pas. On va attendre un peu, le temps que ces maudits rebelles libyens se calment. Non, ce n'est pas le moment. Le pays est assiégé. Un complot est en cours. L'Otan, la France et le CNT nous menacent et vous osez parler de l'urgence démocratique ? Soyez sérieux et nationaliste, s'il vous plaît. » On connaît la chanson, n'est-ce pas ? Elle nous a été servie à maintes reprises depuis l'indépendance. Le CNT, ce fieffé haggar…...

Cela me mène à penser que ce Printemps arabe que nous ne cessons de célébrer a encore beaucoup de victoires à réaliser. L'une d'entre elles sera que les peuples arabes arrivent à s'affranchir des propagandes chauvines et qu'ils apprennent à mieux se connaître au-delà des clichés et des discours lénifiants sur la fraternité et le passé (glorieux) commun. Cela ne se fera pas en quelques semaines. Il faudra que les frontières s'ouvrent, que les visas disparaissent (le présent chroniqueur peut attester que les visas les plus durs à obtenir sont ceux des pays « frères ») et qu'il y ait des mouvements de population de part et d'autre des frontières. Cela viendra sûrement lorsque les processus de démocratisation se seront réellement enclenchés et qu'auront enfin disparus ces théâtres d'ombre qui excellent dans l'art de manipuler l'amour-propre des peuples et de leur faire confondre chauvinisme nationaliste et patriotisme.


A lire aussi :

- Seif al Islam, réformateur contrarié ou despote-héritier ? (SlateAfrique)

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samedi 10 septembre 2011

11 septembre


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Dix ans plus tard, que nous ont appris les attentats du 11 septembre ? A lire les nombreux articles consacré à cette commémoration - étrange de voir certains parler d'anniversaire - on peut relever plusieurs enseignements majeurs.
- Le coût des guerre américaines (Afghanistan et Irak)qui ont suivi ces attentats est peut-être à l'origine de la grave crise financière et économique que le monde connaît actuellement.
- Les peuples occidentaux ont accepté d'abandonner une part de leurs libertés individuelles contre la sécurité au point d'en oublier cette fameuse phrase de Benjamin Franklin : "Any society that would give up a little liberty to gain a little security will deserve neither and lose both" : une société qui abandonne un peu de sa liberté pour gagner un peu de sécurité ne méritera aucune des deux et finira par les perdre.
- Le monde arabe continue de douter de la véracité de ces attentats. La thèse du complot (CIA, Mossad) est très populaire. Pour autant, le 11 septembre n'est pas aussi primordial pour les Arabes qu'il ne l'est pour les Étasuniens voire les Européens. Le Printemps arabe a aussi changé la donne.
- L'Histoire dira si le 11 septembre 2001 a marqué le commencement du début de la fin pour le monde tel qu'on l'a connu depuis 1945. En jeu, la puissance américaine et sa capacité à peser sur les affaires du monde.
- Al Qaeda a-t-elle échoué ? Les experts sont divisés. Les uns estiment qu'elle n'a pas réussi à embraser le monde musulman et à provoquer le choc des civilisations. Les autres estiment qu'elle a contribué à la montée en puissance du salafisme et obligé les pouvoirs musulmans, notamment arabes, à faire dans la surenchère en matière de réislamisation des sociétés.

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